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Trafic d'œuvres d'art : trois antiquaires condamnés

En 2005, de belles demeures de Reims, Saint-Brice-Courcelles et Charenton (région parisienne) sont la cible de malfrats. Une bande bien documentée qui s’empare de nombreuses œuvres d’art. Quatre forfaits sont dénombrés chez des particuliers, mais aussi au rectorat de Reims où des lustres disparaissent. Les auteurs font main basse sur des pendules, des toiles anciennes, un cartel du XVIIIe siècle… Quelques semaines plus tard, un antiquaire belge – Frans Vandewalle – se fait connaître auprès des autorités de son pays. Il a lu dans la Gazette de l’hôtel Drouot une annonce détaillant précisément les objets qui ont été volés à Reims et il n’a pas manqué de reconnaître une partie des objets d’art qu’il affirme avoir acquis auprès d’un antiquaire de Cormontreuil, Marc Stéphan. C’est un autre antiquaire de Verdun – Olivier Potennec – qui les avait mis en relation. Hier, les 3 antiquaires – qui ont tous quitté le circuit depuis ces faits – comparaissaient dev
ant le tribunal correctionnel de Reims pour des recels aggravés facilités par leur profession. L’une des victimes, une femme âgée, est venue raconter comment plusieurs individus avaient cambriolé sa demeure : « Ils m’ont ligoté les mains et les pieds ». Encore sous le choc, la dame explique qu’on lui a notamment dérobé plusieurs de ses pendules de collection. Elle a réclamé 38.000 euros en réparation du vol de ses pendules, et 10.000 euros pour son préjudice moral. Les voleurs n’ont jamais été retrouvés. En tout, le préjudice des différentes victimes s’élèverait à plus de 75.000 euros. L’un des antiquaires a reconnu avoir proposé à la vente ses objets volés même s’il assure qu’il ignorait la provenance frauduleuse des objets. Le deuxième a reconnu avoir mis en relation ses deux confrères. Le troisième antiquaire – Marc Stéphan – nie les faits en bloc. « J’ai bien vendu des objets à ces professionnels, comme à d’autres antiquaires, mais à aucu
n moment ces objets étaient des objets volés. » Chez les 3 antiquaires, la police judiciaire a retrouvé de nombreux objets volés lors des cambriolages, notamment le cartel du XVIIIe siècle et les lustres dérobés au rectorat. Pour le substitut du procureur de la République, « ce dossier représente une infime partie d’un trafic d’objets d’art. Les mêmes prévenus sont mis en cause devant d’autres juridictions pour des faits similaires ». À l’encontre des 2 professionnels « qui reconnaissent les faits », elle requiert 6 et 8 mois de prison avec sursis. À l’encontre de Marc Stéphan – qui a déjà été condamné à 3 reprises pour des recels commis dans le cadre de sa profession et « qui n’en fait aucun cas » -, elle requiert 18 mois de prison ferme ainsi qu’une interdiction d’exercer toute activité professionnelle en lien avec l’infraction, pendant 2 ans. Me Beyer puis Me Lechesne se sont succédé pour la défense des deux antiquaires, « deux hommes brisé
s ». L’un est actuellement agent d’entretien dans un collège, en Belgique ; l’autre vend des parfums. « Quand mon client a découvert la Gazette de Drouot, il a immédiatement réagi. Aujourd’hui, cette affaire l’a ruiné », précisait Me Beyer. Me Lherbier a plaidé la relaxe de Marc Stéphan. « Il a un casier, c’est vrai, mais il n’est pas pour autant coupable ». L’avocat dénonce « les autres antiquaires, sur le marché européen du recel d’œuvres d’art : la Belgique, où les antiquaires n’ont pas de règles », avant de réaffirmer que Marc Stéphan « n’a pas vendu d’objets volés à son collègue belge. Et ce n’est pas à lui d’en rapporter la preuve ! » Le tribunal a condamné Olivier Potennec et Frans Vandewalle à 7 mois de prison avec sursis et à 1.000 euros d’amende. Marc Stéphan a été condamné de 14 mois de prison ferme. Les trois antiquaires ont écopé d’une interdiction définitive d’exercer toute activité en relation avec l’infraction. Deux d’en
tre eux devront verser 42.000 euros de dommages et intérêts à la seule victime qui s’est constitué partie civile. En raison de l’absence de Marc Stéphan au moment du délibéré, le tribunal a lancé un mandat d’arrêt à son encontre.

Auteur : Patricia Buffet
Article paru le : 3 décembre 2008
http://www.lunion.presse.fr/

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