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Les vols d'œuvres sont fréquents. Le site " Art Theft " (www.saztv.com) en répertorie une dizaine pour la seule année 2007, et précise que seules trois de ces œuvres ont été retrouvées. Les tableaux disparaissent parfois longtemps.

Danger “artnapping” !

Pauvre Van Gogh ! Après avoir été interné à l’asile de Saint-Rémy-de- Provence, le voici dans celui de Zurich, en Suisse. C’est en effet sur le parking de la clinique psychiatrique du Burghölzli qu’a été retrouvé le 19 février le tableau qui lui est attribué, Branches de marronnier en fleurs, volé le 10 février à la Fondation Bührle de Zurich.


Il était dans une voiture blanche, celle qui aurait servi au hold-up, avec un des quatre autres tableaux dérobés, Les coquelicots près de Vétheuil, de Claude Monet. En revanche, Le comte Lepic et ses filles, d’Edgar Degas et Le Garçon au gilet rouge, de Paul Cézanne, courent toujours. Ils sont estimés à environ 110 millions de francs suisses.

Les vols d’œuvres d’art sont nombreux : Interpol en recense 30 000 dans ses bases de données, et, selon le FBI, le trafic serait évalué à 4,1 milliards d’euros, soit le troisième délit le plus lucratif, après la vente de drogue et le commerce d’armes. Mais ils concernent le plus souvent des objets peu connus, faciles à écouler. Ou des sculptures, dont le métal est hélas fondu et revendu à la ferraille. Dans le cas de Zurich, une question se pose : pourquoi voler des tableaux invendables ? Ils sont dûment répertoriés, célébrissimes, et aucun marchand ayant pignon sur rue ne se risquerait à les acheter, au moins durant les deux cents prochaines années… Une commande d’un collectionneur fou ? Du roman…

Interrogé il y a deux ans par le Guardian, Charlie Hill, ancien membre de l’unité de Scotland Yard spécialisée dans l’art et les antiquités, devenu détective indépendant, le soulignait avec force : “Jules Verne l’a imaginé en premier, avec le salon du capitaine Nemo rempli de chefs-d’œuvre. Ensuite, vous avez le Dr No, quand Sean Connery et Ursula Andress passent devant le portrait du Duc de Wellington peint par Goya, et réellement volé quelque temps avant la réalisation du film. Bond remarque : ” Ah ! C’est là qu’il était… “.” Sans oublier le remake de L’affaire Thomas Crown, ni les trésors accumulés par Arsène Lupin dans L’aiguille creuse d’Etretat. “Des conneries”, selon Charlie Hill.

Pourtant, la compagnie Axa, un assureur possédant un département spécialisé dans les œuvres d’art, cite un criminologiste, John Conklin, auteur d’une étude sur le profil psychologique des voleurs. Il en distingue deux : celui qui vole par passion, cas pathologique, et celui qui vole pour le profit. Le premier type est illustré par le cas de Stephan Breitwieser, ce Français arrêté en Suisse en janvier 2005, pour avoir dérobé plus d’une centaine d’œuvres dans des musées et galeries. Il les entreposait chez lui pour mieux les contempler.

Mais on voit mal un passionné commettre un vol à main armée en bande organisée, comme ce fut le cas à Zurich. Dans ce cas, l’hypothèse la plus souvent retenue est celle du chantage à l’assurance. Celle-ci, pour économiser les 112 millions d’euros de l’estimation des quatre toiles, peut être tentée de négocier avec les voleurs. Ce procédé est connu sous le nom d'”artnapping “, une contraction en anglais de “art” et de “kidnapping”.

“On ne peut exclure que l’objectif de ce brigandage est d’extorquer une rançon aux compagnies d’assurances”, déclare Yves Fischer, directeur du service spécialisé en matière de transfert des biens culturels auprès de l’Office fédéral de la culture suisse. Mais, ajoute-t-il, la pratique est rare. Dans certains pays, elle est contraire à la loi, même si le paiement peut passer pour une récompense destinée à celui qui aurait permis de retrouver les œuvres. Dans la plupart des cas, dit M. Fischer, “Les assurances préfèrent renoncer, pour ne pas induire en tentation d’autres criminels”.

D’autres motivations sont apparues plus récemment : l’exécution à Dublin en 1994, par des tueurs profesionnels, du “Général”, Martin Cahill, a mis en lumière de nouvelles pratiques (Le Monde du 8 août 1997). Ce gangster, un des plus connus d’Irlande, et dont la vie a inspiré un film, aurait fait main basse en 1986 sur les collections de Lord et Lady Beit, dix-huit toiles de maîtres, dont un Vermeer, un Goya, deux Rubens… 500 millions de francs de l’époque, un des plus gros coups de l’après-guerre. Les tableaux, récupérés en partie depuis, avaient servi de monnaie d’échange avec le milieu pour mettre en place un trafic de drogue. Enfin, on cite le cas de bandits ayant volé des œuvres par précaution : arrêtés pour d’autres méfaits, ils en ont négocié la restitution contre des réductions de peine. On a les assurances qu’on peut.

Harry Bellet

Alléchantes récompenses

Les vols d’œuvres sont fréquents. Le site ” Art Theft ” (www.saztv.com) en répertorie une dizaine pour la seule année 2007, et précise que seules trois de ces œuvres ont été retrouvées. Les tableaux disparaissent parfois longtemps.

Le portrait de Francis Bacon par son ami Lucian Freud a ainsi disparu de la Neue Nationalgalerie de Berlin depuis 1988. Quant au Gardner Museum de Boston, il offre une récompense de 5 millions de dollars à qui lui retrouvera son Vermeer, volé en 1990. Au début du siècle c’est une prime de 25 000 francs-or, somme considérable, qu’avait proposé Raymond Koechlin, président de la Société des amis du Louvre pour retrouver La Joconde !

http://www.lemonde.fr/

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