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Un tableau d'Ingres rejoint le Louvre

À 19 millions d’euros, le «Portrait du comte Mathieu-Louis Molé» est la plus chère acquisition du musée depuis 2007.

Pour l’instant, il a trouvé refuge dans une des «salles rouge» où sont accrochés les peintres français. Demain, le grand Portrait du comte Mathieu-Louis Molé par Ingres, dernière et très chère acquisition du Louvre, prendra sa juste place aux côtés de Monsieur Bertin et du Duc d’Orléans. «On verra trois chefs-d’œuvre de l’art du portrait politique, qui résument à eux seuls tout le génie pictural d’Ingres», se réjouit Henri Loyrette, président du Louvre. Debout, de trois quarts, l’air sérieux mais pas sévère, le comte Molé scrutera ainsi les visiteurs, avec l’air de celui qui vient de loin.

C’est en effet à la suite d’un cambriolage que la famille de Noailles a décidé de vendre cette toile, image d’un lointain aïeul, diplomate et plusieurs fois ministre. «Elle était depuis toujours dans un grand salon, à la campagne : on l’a décrochée pour la mettre en sécurité. Mais ce n’était pas satisfaisant de penser qu’elle ne serait plus jamais vue», explique aujourd’hui la famille.

Vendre, mais à qui ? Selon une estimation de départ, ce tableau de maître valait quelque 30 millions d’euros – somme astronomique qui n’était à portée que d’une poignée de musées dans le monde. Lorsqu’il se positionne, le Louvre n’a d’ailleurs pas le budget de son ambition : il ne dispose que de 5,5 millions dans sa cagnotte. Il a en face de lui deux musées américains, dont les ressources ne sont pas encore affectées par la crise. «Ce tableau, nous le voulions. Un portrait de cette taille et de cette importance, il n’y en a quasiment plus. Le fait qu’il ait toujours été dans une maison de famille en garantissait la provenance, ce qui est rare de nos jours », explique Anne Vincent, responsable des acquisitions au Louvre.

Trois mécènes, Eiffage, la Banque de France et Mazars donnent chacun quelques millions d’euros. Marc Fumaroli bat le rappel des 60 000 membres de la société des Amis du Louvre, qui offriront en tout 3 millions. Il reste à trouver… plus du double.

«De la solidarité face à un trésor national»

La famille consent alors un premier effort, et baisse le prix à 24 millions d’euros. Mais le compte n’y est toujours pas. Se passe alors quelque chose de l’ordre de « la solidarité face à un trésor national », selon l’expression de Marc Fumaroli. Un mystérieux donateur intervient, on puise dans le fonds du patrimoine du ministère de la Culture, les Amis du Louvre remettent la main à la poche.

« De notre côté, nous avons décidé que ce tableau devait rester en France, et que le Louvre était le mieux placé pour lui donner une seconde vie », explique la baronne de Noailles, qui a fini par transiger à 19 millions d’euros.

Le musée estime qu’une histoire pareille ne pourrait avoir lieu à l’heure actuelle. Les mécènes hésitent désormais à s’engager lourdement.

Quant à la gratuité pour les moins de 26 ans, elle aurait « asséché» le budget annuel d’acquisitions « d’environ 2 millions d’euros». Pourtant, «une institution qui n’achète plus devient statique, et perd petit à petit de son rayonnement international», juge Anne Vincent.

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