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Restitutions culturelles: où donner de la tête?

Restitutions culturelles: où donner de la tête?

| 00h05 Tout le monde exige, des Maoris aux Grecs. Le point avec des cas actuels.

ÉTIENNE DUMONT | 10 Novembre 2007 | 00h05

Bisbille en France. Le Muséum de Rouen veut restituer de son propre chef aux Maoris la tête tatouée et momifiée qu’il détient depuis 1875. La ministre de la Culture Christine Albanel ne l’entend pas de cette oreille, même séchée. Elle a saisi la justice pour «garantir le patrimoine de la Nation».

Comment finira l’affaire, qui partage ceux qui parlent de «bioéthique» et du «respect des croyances» et ceux qui jugent qu’il s’agit d’une oeuvre d’art? Mystère. Ce qui est sûr, c’est que la Nouvelle-Zélande demande depuis les années 80 tous les restes maoris figurant dans les collections occidentales afin de les restituer aux descendants (détectés par ADN), qui les enterreront. Le Quai Branly résiste. Genève a craqué il y a une quinzaine d’années. Louis Necker, alors directeur du Musée d’ethnographie (on ne parlait pas encore de MEG), avait remis une autre tête, sans que cela lui coûte visiblement la sienne.
Les frises du Parthénon

Les Australiens, les Sud-Africains formulent des demandes identiques. On se souvient que la France, qui restitue peu, avait renvoyé en 2002 au Cap la «Vénus hottentote», taxidermisée en 1816. Les Suédois ont rendu fin octobre aux Australiens des dépouilles d’aborigènes, pillées (on aurait sans doute dit alors prélevées) en 1910 dans des tombes par des ethnologues.

Sauf s’il s’agit d’un squelette, politiquement plus correct, le corps humain constitue un cas à part. Le gros des demandes porte sur des oeuvres d’art unanimement reconnues comme telles. Le processus a été enclenché par Melina Mercouri, ministre de la Culture, en 1984. Elle exigeait le retour des frises du Parthénon, «volées» ou «acquises» (selon les parties) par Lord Elgin avant 1812 et vendues en 1816 au British Museum. Gageons que l’actuel transfert des oeuvres du petit Musée de l’Acropole au grand réactivera les sommations. En dépit de ses «non» répétés, la Grande-Bretagne apparaît plus vulnérable que la France. Le Louvre ne s’est jamais vu prié de renvoyer ses bouts de Parthénon.

Après la Grèce, qui a fait «depuis 2005 une priorité de la lutte contre le trafic d’antiquités et du retour des vestiges pillés» (mais où commence le pillage?), bien des pays ont commencé à bouger. C’est le cas de l’Egypte. De l’Italie. D’Etats sud-américains. Ils ont pu utiliser le droit international, mais aussi des lobbies apparus dans les pays spoliateurs. La restitution est en effet liée à la notion de culpabilité. L’Allemagne ou l’Autriche supportent moins bien la pression que la Hollande, sûre de son bon droit malgré l’affaire Goudstikker (1) ou la Russie, qui parle encore de «prises de guerre».
Jackpot judiciaire

Les cas les plus spectaculaires, parce que les plus rentables, sont cependant devenus le fait des privés. Une famille veut retrouver ses bien spoliés. Du moins c’est la théorie. La pratique se révèle souvent plus équivoque. Des avocats (si possible américains) trouvent l’oeuvre, la trace des ayants droit. Ils font les démarches. En cas de réussite, ils se paient grassement sur la bête. En cas d’échec, pas de facture. Christie’s et Sotheby’s se sont vu accusés ces derniers temps de pratiquer cette politique du jackpot. Les héritiers s’engageraient à vendre chez eux ce qu’auront récupéré leurs avocats. On pense bien sûr à l’affaire des Klimt.

Les procès sont interminables. Notons que Liz Taylor vient de gagner le sien. Elle pourra garder un Van Gogh acquis dans les années 60, alors que nul ne parlait de tout ça. L’actrice n’a pas fait «preuve de négligence» en notant qu’il avait appartenu à une famille juive. Un coup dans l’eau pour les avocats adverses!

(1) L’héritage de ce marchand, mort en 1940, a successivement été spolié par les nazis et l’Etat hollandais. La restitution, suivie de ventes en 2007, aura mis une dizaine d’années à se conclure.

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