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L'affaire Cassez plombe l'Année du Mexique, actualité Culture : Le Point

L’affaire Cassez plombe l’Année du Mexique, actualité Culture : Le Point.

Laffaire Cassez plombe lAnnée du Mexique, actualité Culture : Le Point

http://www.lepoint.fr/culture/l-affaire-cassez-plombe-l-annee-du-mexique-22-02-2011-1298430_3.php

February 23, 2011

Par Marion Cocquet

C’est un travail de près d’un an, mis en pièce en quelques jours. Au musée gallo-romain de St Romain-en-Gal, on peine encore à l’admettre tant la situation paraît grotesque : la grande exposition de culture antique de Veracruz a été annulée la veille de son inauguration, prévue le 18 février. Ses commissaires sont, aujourd’hui, en train de la démonter : les oeuvres prennent le vol retour pour le Mexique dès vendredi. “Ça nous est tombé dessus, d’un coup, explique M’hammed Behel, le conservateur du musée. On espérait passer entre les gouttes. David Morales, David Chavez et Laeticia Pez, présents pour le Mexique, sont comme nous : ils ne peuvent que constater le gâchis, et s’en attrister.”

Fin de partie, donc, pour l’expo Veracruz, l’une des premières manifestations de l’Année du Mexique en France. Elle est loin d’être la seule, cependant, à être aujourd’hui prise en otage par les errances diplomatiques de l’une et l’autre partie. L’Institut français, qui codirige l’événement avec le Mexique, a beau multiplier les pas de deux pour sauver ce qu’il en reste, l’Année est sérieusement compromise depuis que le gouvernement mexicain a décidé de s’en retirer suite à la décision de Nicolas Sarkozy de dédier l’événement à Florence Cassez.

“Lorsqu’elle a été décidée en 2009, à l’invite de Nicolas Sarkozy, une série d’accords ont été signés, où il était clairement établi qu’il s’agissait, au-delà des manifestations culturelles, d’améliorer la coopération entre les deux pays, et de promouvoir le Mexique moderne, créatif, inspiré, souligne une source diplomatique mexicaine. Jamais il n’a été question de rendre hommage à une personne qui, chez nous, est considérée comme une délinquante. Dans ces conditions, nous n’avions guère d’autre choix.”

Opacité

La position mexicaine est claire. L’avenir des quelques 360 événements programmés tout au long de 2011, l’est, lui, beaucoup moins. Concerts, expos, festivals, rencontres, lectures, bals, danse, salons : en fonction de son type, de sa direction, de sa date et des financements publics engagés côté mexicain, les effets des tensions diplomatiques entre les deux pays se font plus ou moins fait sentir. Le festival “Travelling”, à Rennes, s’ouvre ainsi comme prévu mardi soir. Mais sans mention de l’Année, et sans la bénédiction des institutionnels des deux bords. “Le Mexique prenait en charge les droits d’accès aux copies, leur voyage, certains des sous-titrages, le transport des invités. Pour les frais déjà engagés par les institutions mexicaines, nous ne savons pas ce qui se passera. Pour le reste… nous avons dû déjà faire face à un surcoût de 40 000 euros”, déplore Laurence Le Hemmaf, responsable artistique du festival. Il est absurde de prendre en otage le monde de la culture, insiste-t-elle. D’autant que le cinéma est le reflet d’une société, d’une histoire, d’un univers politique ; quelle meilleure façon de faire connaître, ici, la réalité de là-bas ?” Festival maintenu, donc, et sans qu’aient dû être jetés par dessus bord les centaines de programmes labellisés “Année du Mexique”. Mais dans la morosité.

Même ambiguïté, même confusion pour les grands événements prévus. Le festival Rio Loco de Toulouse, où étaient attendus 133 artistes, a déjà été supprimé. Idem pour la grande exposition de la Pinacothèque sur les masques mayas. Celle consacrée aux artistes mexicains contemporains prévue d’ouvrir en juin au Musée d’art moderne de la ville de Paris attend encore que son sort soit tranché. La Ville de Paris, dont dépend le MAM, oscille, en effet, entre son soutien à Florence Cassez et une volonté de maintenir les manifestations prévues autant que faire se peut.

Humiliation

La tâche est d’autant plus difficile que, outre le retrait des financements publics du Mexique, la France doit compter avec la défection des multiples artistes qui ont pris fait et cause pour la décision du président Felipe Calderon. “On les y a acculés, estime l’écrivain Vilma Fuentes. Vous imaginez l’humiliation que représenterait, pour les invités mexicains, le fait d’assister à des discours favorables à une personne que leur pays a condamnée ? Beaucoup de gens voudraient que ces manifestations, mais pas dans ces conditions.”

Au Mexique, l’opinion publique s’accorde contre les propos de Nicolas Sarkozy. Inévitable, selon Georges Couffignal, directeur de l’Institut des hautes études sur l’Amérique latine. La diplomatie est, rappelle-t-il, l’appareil le plus stable et efficace du pays, et a toujours tenu, dans son histoire, une position ferme contre les ingérences extérieures. “Il existe une tradition historique très forte allant en ce sens, et qui est enracinée dans l’opinion publique. Les Mexicains sont les premiers à critiquer leur justice et leur police. Mais dès qu’advient ce qui est vécu comme une pression étrangère, l’unanimité se fait.”

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