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Fakes and forgeries – L’expert certifiait de faux tableaux

Le spécialiste du peintre Rodolphe-Théophile Bosshard et un antiquaire métamorphosé en faussaire sont à la base d’une escroquerie portant sur 80 tableaux de maîtres

Victor Fingal – le 03 novembre 2010, 21h58
Le Matin

Le tableau «Village sous la neige», attribué à Rodolphe-Théophile Bosshard, une des toiles saisies par la police cantonale vaudoise

Dans le monde feutré du marché de l’art, il est le spécialiste incontesté des œuvres du peintre vaudois Rodolphe-Théophile Bosshard. Mais l’expert Alain*, domicilié sur la Riviera vaudoise, doit répondre avec trois complices, dont un antiquaire transformé en peintre faussaire, d’escroquerie, de faux dans les titres et de faux dans les certificats. Une affaire qui porte sur la mise sur le marché de 80 tableaux de maîtres entre 2005 et 2008 pour une valeur globale dépassant les 400 000 francs selon la police cantonale vaudoise.

Il y a foule au portillon parmi ceux qui auraient découvert le pot aux roses. La police cantonale, qui affirme que l’enquête a démarré en janvier 2007, lorsqu’une Lausannoise a été victime du vol d’un Giovanni Giacometti que les malfrats ont remplacé par une copie. Les experts du Salon des antiquaires, qui auraient fait éclater l’affaire en découvrant plusieurs faux Rodolphe-Théophile Bosshard en novembre 2007. Sans oublier le conservateur du Musée de Payerne, Daniel Bosshard, qui affirme: «Lors du vernissage du Salon des antiquaires de 2007, j’ai tout de suite remarqué que les œuvres attribuées à mon grand-père ne collaient pas à ce que je connaissais de sa production.»

Peu importe finalement qui tire la couverture à lui, les quatre prévenus sont arrêtés à l’été 2008 et passent aux aveux. Outre le peintre et l’expert, les deux autres comparses étaient chargés de la commercialisation des faux: un lot important d’œuvres de Bosshard, certes, mais aussi des Georges Braque, Edmond Bille, Maurice Vlaminck ou Kees Van Dongen.

L’expert est au chômage
Les confessions d’Alain: «Je vivais sur un héritage. A cause de ma passion pour l’art, j’ai tout dépensé: j’ai acheté des toiles très chères que j’ai revendues ensuite à perte quand le marché de l’art s’est effondré.»

Avec son ami antiquaire, lui aussi désargenté, il passe de l’autre côté de la barrière en 2005. «Je n’ai plus rien à cacher», poursuit celui qui délivrait de faux certificats et décidait des fausses signatures à apposer sur les tableaux litigieux.

Des œuvres qui se divisent en trois catégories, selon la classification de l’Ecole des sciences criminelles de Lausanne: les faux «entiers», peints et signés par le faussaire, les faux «partiels», réalisés par les maîtres et non signés ou paraphés par des auteurs mineurs sur lesquels le faussaire ajoutait ou remplaçait la signature originale par celle d’un maître. Enfin, «les œuvres authentiques falsifiées», comme celles que l’on découvre dans l’atelier d’un maître après sa mort et sur lesquelles le faussaire ajoute la signature pour en augmenter la valeur marchande.

Dans l’attente de son procès, Alain vit de l’assistance publique. «J’ai toujours gravité autour du monde de l’art, je ne travaille pas», ajoute l’expert au chômage. Ses connaissances de l’œuvre de Rodolphe-Théophile Bosshard sont pourtant immenses et, de l’avis de nombreux galeristes interrogés, il aurait pu rédiger un «livre de raison» qui recense l’ensemble de l’œuvre du maître vaudois.

«J’ai gardé de très bons contacts avec la petite-fille de Bosshard, ajoute Alain. Elle m’a assuré que, si elle avait une hésitation avec une œuvre attribuée à son grand-père, c’est toujours à moi qu’elle s’adresserait.»

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